coucher


coucher

1. coucher [ kuʃe ] v. <conjug. : 1>
XIVe; couchier 1172; lat. collocare « placer dans une position horizontale, étendre »
I V. tr.
1Mettre (qqn) au lit. Coucher un enfant. Coucher un malade. aliter. Par ext. Je ne peux pas vous coucher : je ne peux pas vous offrir de lit. ⇒ héberger, loger.
♢ ⇒ allonger, étendre. On coucha le blessé au bord de la route.
2(XVe) Rapprocher de l'horizontale, mettre à l'horizontale (ce qui est naturellement vertical). courber, incliner, pencher. Coucher une échelle le long d'un mur. « Le violoniste couchant la joue sur son violon » (Romains). « Le vent couchait la pluie presque horizontalement, comme des épis de blé » (Renard). Coucher des bouteilles dans un casier.
Loc. COUCHER EN JOUE. Coucher un fusil en joue, l'ajuster à l'épaule et contre la joue pour tirer. ⇒ épauler. Par ext. Coucher qqn en joue, le viser.
3Techn. Étendre en couche. Coucher de l'or.
4(1283) Fig. Mettre par écrit. consigner, inscrire, 1. porter. Coucher une clause dans un acte, un nom sur une liste. Coucher qqn sur son testament.
II V. intr. (XIe)
1S'étendre pour prendre du repos. dormir. Coucher dans un lit, dans des draps, sur un matelas, par terre. Coucher à plat, sans oreiller. Coucher sur le dos, sur le ventre, sur le côté. Coucher tout habillé. Chambre à coucher. Spécialt Allez coucher ! va coucher ! se dit à un chien que l'on veut calmer, éloigner.
2Loger, passer la nuit. dormir, gîter. Coucher chez soi, chez des amis, à l'hôtel. Coucher dehors ( découcher) . Loc. fam. Un nom à coucher dehors, difficile à prononcer et à retenir. — Coucher sous la tente. Coucher dans le foin. Coucher sous les ponts, à la belle étoile.
3Coucher avec qqn, partager son lit, sa chambre avec lui. Fam. Avoir des relations sexuelles avec qqn. Elle couche avec lui. Ils couchent ensemble. Absolt Coucher : avoir des relations sexuelles, une vie sexuelle. ⇒fam. 1. baiser. Elle « couchait pour deux cens louis, et se donnait pour cinq cens par mois » (Sade). « Tout le monde couche, non ? » (Aragon).
III V. pron. (XIe)
1Se mettre dans la position allongée. Se coucher par terre. Spécialt Se mettre au lit (pour se reposer, dormir). s'allonger, s'étendre (cf. fam. Aller au dodo, au page, au plume, au plumard; se pagnoter, se pieuter, mettre la viande [ou se mettre] dans les bâches, les toiles, le torchon). Malade, il a dû se coucher. s'aliter. Je vais me coucher. Elle s'est toujours couchée tôt ( couche-tôt) , tard ( couche-tard) . Fam. Se coucher comme les poules, de très bonne heure. C'est l'heure de se coucher. Fig. et fam. Allez vous coucher : laissez-moi tranquille; fichez-moi la paix. Va te coucher ! Vieilli Une Marie couche-toi là : une fille facile. PROV. Comme on fait son lit on se couche : il faut subir les conséquences de ses actes.
2S'allonger, s'étendre. Le tir commence, couchez-vous ! S'étendre, se courber (sur qqch.). Les rameurs se couchent sur les avirons. (Animaux) Se mettre sur le flanc ou le ventre. Chien qui se couche à la chasse : chien couchant. — Se coucher à terre en témoignage d'adoration. se prosterner.
Fam. Se coucher devant... : renoncer par peur, par lâcheté. ⇒ s'aplatir, ramper. « Le petit juge s'est-il couché devant le pouvoir politique ? » (Le Nouvel Observateur, 1987).
3(Choses) Le navire se couche sur le flanc. se renverser. Tomber, s'affaisser. Le mât s'est couché.
(Soleil, astres) Descendre sous l'horizon. couchant, 2. coucher. Le soleil se couchera dans une heure.
⊗ CONTR. 1. Lever; dresser. coucher 2. coucher [ kuʃe ] n. m.
• 1694; couchier 1285; de 1. coucher
1Action de se coucher. C'est l'heure du coucher. « au coucher des oiseaux » (Colette). Hist. Le coucher du roi, cérémonie qui précédait son coucher. Le petit coucher.
2Le fait de coucher dans un lieu. Il ne paya rien pour son coucher. gîte. Le coucher et la nourriture. logement.
3(1564) Moment où un astre descend et se cache sous l'horizon. Coucher héliaque. Au coucher du soleil. crépuscule; couchant. Un coucher de soleil; Peint. tableau qui représente le coucher du soleil.
⊗ CONTR. 2. Lever.

coucher verbe transitif (latin collocare, placer) Étendre quelque chose, quelqu'un de tout son long, le placer horizontalement : Coucher des bouteilles de vin. Coucher un blessé sur un banc. Mettre quelqu'un au lit : Il couche ses enfants vers 20 h 30. Offrir à quelqu'un un lit pour dormir : Reste, je peux te coucher. Incliner quelque chose vers l'horizontale, le courber ou le rabattre : Le vent couchait les blés. Bâtiment Étendre en couche un enduit, une peinture. Cuisine Dresser un appareil pâteux ou semi-liquide en le poussant sur une plaque ou sur un plat à l'aide d'une poche. Jeux Mettre comme enjeu. Reliure Appliquer l'or en feuilles sur la couverture ou sur les tranches d'un livre relié. ● coucher (expressions) verbe transitif (latin collocare, placer) Coucher une idée sur le papier, par écrit, noir sur blanc, l'inscrire, la noter. Coucher quelqu'un sur un testament, une liste, le désigner par écrit comme un des héritiers, un des participants à une action, etc. Coucher des branches, synonyme de marcotter. ● coucher (synonymes) verbe transitif (latin collocare, placer) Étendre quelque chose, quelqu'un de tout son long, le placer horizontalement
Synonymes :
Incliner quelque chose vers l'horizontale, le courber ou le rabattre
Synonymes :
- étendre
Cuisine. Dresser un appareil pâteux ou semi-liquide en le poussant sur...
Synonymes :
coucher verbe intransitif Prendre le repos de la nuit, dormir quelque part : Coucher à l'hôtel. Partager son lit ou sa chambre avec quelqu'un ou, familièrement, avoir des relations sexuelles avec quelqu'un. ● coucher nom masculin Action de se coucher ou de coucher quelqu'un pour passer la nuit ; moment où se fait cette action ; fait de passer la nuit dans un lieu : Prendre le médicament au coucher. Il ne paie rien pour son coucher. Action pour un astre de disparaître sous l'horizon ; moment où se fait cette action : Le coucher du soleil.coucher (citations) verbe intransitif Stéphane Mallarmé Paris 1842-Valvins, Seine-et-Marne, 1898 […] Ayant peur de mourir lorsque je couche seul. Poésies, Angoisse coucher (expressions) verbe intransitif Coucher dehors, en parlant d'un véhicule, stationner dans la rue. Familier. Nom, idée à coucher dehors, nom difficile à prononcer ou à retenir ; idée saugrenue. ● coucher (expressions) nom masculin Coucher du roi, à partir de la seconde moitié du XVIe s., cérémonie réglée par une étiquette rigoureuse et à laquelle c'était un privilège d'être convié. ● coucher (synonymes) nom masculin Action pour un astre de disparaître sous l'horizon ; moment où...
Synonymes :
- brune (familier)
- crépuscule
Contraires :

coucher
n. m.
d1./d Action, moment de se mettre au lit. Les préparatifs du coucher.
d2./d Moment où un astre disparaît sous l'horizon. Le coucher du soleil.
|| Coucher de soleil: représentation du soleil se couchant.
————————
coucher
v.
rI./r v. tr.
d1./d étendre de tout son long (qqn, qqch qui est normalement vertical). Coucher une armoire pour la réparer. Coucher un blessé sur une civière.
|| Mettre au lit. Coucher un enfant.
|| Coucher qqn chez soi, l'héberger.
|| Coucher un fusil en joue, l'épauler pour viser.
Par ext. Coucher en joue: viser.
d2./d Incliner, pencher. La pluie a couché les blés.
d3./d étendre, étaler en couche. Coucher une couleur sur une surface.
d4./d Fig., litt. Coucher par écrit: consigner.
|| Coucher qqn, coucher une clause sur son testament: V. inscrire, insérer.
rII./r v. intr.
d1./d être en position allongée pour prendre du repos. Coucher sur un lit de camp.
d2./d Coucher avec qqn: passer la nuit avec qqn dans le même lit; Fam. avoir des relations sexuelles avec qqn.
d3./d Passer la nuit. Coucher à la belle étoile, chez des amis.
d4./d Loc. Fam. Un nom à coucher dehors, difficile à prononcer.
rIII/r v. Pron.
d1./d S'allonger pour se reposer. Se coucher dans l'herbe.
|| Se mettre au lit. Se coucher tard.
|| Prov. Comme on fait son lit, on se couche.
d2./d Se pencher en avant, se courber. Se coucher sur le guidon de sa bicyclette.
d3./d Fig. Descendre sous l'horizon (soleil, astres). Le soleil se couche. Ant. se lever.

I.
⇒COUCHER1, verbe.
I.— Emploi trans. Coucher qqc. ou coucher qqn
A.— Disposer, étendre quelque chose ou quelqu'un dans toute sa longueur sur une surface et/ou en position horizontale. Saint Louis en mourant voulut qu'on le couchât sur la cendre; coucher une armoire, une chaise, une poutre, une échelle (Ac.). Et puis quand on couche le pare-brise (...) on sent la peau des joues qui vous recule jusqu'aux oreilles (COLETTE, Chatte, 1933, p. 36). Il [Henri] coucha un morceau de pâté sur une tranche de pain et mordit dedans (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 11) :
1. On creusait à travers la plaine une tranchée, (...) au fur et à mesure que le sillon s'avançait, deux hommes déroulaient une grande bobine, couchaient le câble et l'enfouissaient.
VAN DER MEERSCH, Invasion 14, 1935, p. 361.
1. Spéc. Coucher qqn. Mettre quelqu'un au lit. Coucher un enfant, un malade (Ac.) :
2. Ce cher enfant me disait tout, le soir, quand il rentrait; je le couchais, comme une bonne couche son marmot, ...
BALZAC, Splendeurs et misères des courtisanes, 1847, p. 613.
2. P. ext.
a) Faire tomber quelque chose ou quelqu'un à terre de tout son long.
Fam. ou p. euphém. Coucher qqn. L'abattre, le jeter à terre. P. ext. Le tuer. Coucher qqn sur le carreau. À peine les hommes étaient-ils sortis de la tranchée que le feu des mitrailleuses en coucha cinquante sur le sol (Ac. 1932). Ah! le gueusard. J'ai tenu le père au bout de mon fusil en 1815, j'aurais bien mieux fait de le coucher (A. DAUDET, Rois en exil, 1879, p. 55).
Coucher qqc. L'abattre, le renverser :
3. La ville injurieuse est conquise, dieux justes!
Vous avez renversé ses murailles robustes,
Couché la citadelle au niveau du sillon,
Et chassé vers Argos un morne tourbillon
...
LECONTE DE LISLE, Poèmes tragiques, Les Érinnyes, 1886, p. 181.
b) Courber, incliner vers l'horizontale. Une pluie qui détachait les feuilles du faux automne parisien et couchait les pétunias (COLETTE, Fin Chéri, 1926, p. 89). L'herbe, couchée par l'ondée, se relevait peu à peu en séchant au soleil (GREEN, Autre sommeil, 1931, p. 183) :
4. Mulrady et Wilson redressèrent plus d'une fois la barre au moment où quelque embardée allait coucher le brick sur le flanc.
VERNE, Les Enfants du capitaine Grant, t. 3, 1868, p. 25.
Fam., vieilli. Coucher une bouteille sur le côté. ,,La vider en buvant`` (Ac.).
Coucher le poil d'un chapeau, d'une étoffe (Ac.). En rabattre le poil. Au fig. Coucher le poil à une personne (pour la flatter, l'amadouer).
HORTIC. Coucher une plante. En incliner les rameaux vers le sol et les couvrir de terre pour qu'ils prennent racine. [Ma vigne!] Avec soin, je l'avais provignée, couchée, greffée (ESPARBÈS, Lég. outil, 1903, p. 22).
CHASSE. Coucher un fusil en joue. L'ajuster à l'épaule et contre la joue en position plus ou moins horizontale pour viser. P. méton. et p. ext. Coucher en joue une bête, une personne. La viser. J'avais déjà couché l'animal en joue (Ac.) Avez-vous vu un fusil qui vous couchait en joue? (HUGO, Misér., t. 2, 1862, p. 376).
Emploi pronom. réciproque :
5. ... tous les deux, se couchant en joue, se regardèrent quelques secondes avec cette émotion poignante que le plus brave éprouve au moment de donner ou de recevoir la mort.
MÉRIMÉE, Colomba, 1840, p. 135.
P. métaph., vieilli. Avoir des visées sur quelque chose ou quelqu'un. Il recherche cette fille en mariage, depuis longtemps il la couche en joue (Ac.). Les deux dots qu'il avait couchées en joue (BALZAC, Mais. Nucingen, 1838, p. 650).
c) Coucher qqc. par écrit, sur le papier. Mettre, consigner quelque chose par écrit. Coucher qqc. noir sur blanc; coucher une clause, un article dans un contrat, dans un acte. Un de ces discours indirects, développés, comme le Cardinal aime à les coucher sur le papier (SAINTE-BEUVE, Caus. lundi, t. 2, 1851-62, p. 327). Les héros des aventures couchées dans les livres (BRASILLACH, Corneille, 1938, p. 107). La plume de son stylo [d'Hélène] courait sur le papier, y couchait une grande écriture bleue (ARNOUX, Nuit St-Avertin, 1942, p. 28).
Par brachylogie. Coucher qqn dans un registre, sur un testament. Y inscrire son nom. Coucher quelqu'un sur l'état des pensions, sur une liste (Ac.). Une vieille rusée qui (...) avait réussi à se faire coucher sur le testament d'un ancien huissier (AYMÉ, Jument, 1933, p. 31) :
6. Petrisberg, un camp de triage où les prisonniers, une fois enregistrés et couchés sur les répertoires hitlériens, étaient distribués dans la région selon les besoins de l'office du travail.
AMBRIÈRE, Les Grandes vacances, 1946, p. 48.
B.— Appliquer, étendre en couche (cf. ce mot II). Coucher de l'argent, de l'or. Plaques sèches au gélatino-bromure. — Ce sont des plaques préparées industriellement et couchées au gélatino-bromure (Civilisation écr., 1939, p. 1002).
Spéc., PEINT. Coucher des couleurs. ,,Étendre des couleurs avec le pinceau l'une à côté de l'autre avant de les fondre`` (Ac. 1932).
II.— Emploi pronom. (à valeur ingressive)
A.— [Le suj. désigne une pers.] Se mettre, s'allonger de toute sa longueur en position horizontale. Se coucher par terre, sur le sol; se coucher à plat ventre, sur le ventre, sur le dos. Popelin, qui serait assez malade, qui aurait des étouffements le forçant à se coucher dans un fauteuil (GONCOURT, Journal, 1892, p. 241).
P. métaph. ou au fig., SP. Abandonner en cours d'épreuve. Il fallait craindre d'avoir à « se coucher » avant que soit atteint le but (ESN. 1966).
1. Spéc. [Souvent sans indication de lieu] Se mettre au lit, dans une position de repos. Aller se coucher. J'ai hâte d'avancer ma besogne, mais je me couche à des heures raisonnables et travaille le matin (AMPÈRE, Corresp., 1861, p. 403).
SYNT. Se coucher de bonne heure; se coucher tout habillé; se coucher sur un divan, dans son lit; se coucher en chien de fusil.
Loc. fam.
Se coucher avec/comme les poules. Se mettre au lit de très bonne heure. Le seul moyen de ne pas m'endormir à quatre heures du matin, c'était de courir le jour et de me coucher avec les poules (MÉRIMÉE, Lettres Mme de la Rochejacquelein, 1870, p. 54).
Va te coucher! Allez vous coucher! Va-t-en! Allez vous-en! Laissez-moi en repos!
[Avec ell. du pron. réfl. devant l'inf.]
Vieilli. Aller coucher. Aller au lit. Pécopin suivit le palatin et alla coucher, avec les chevaliers de la suite du prince (HUGO, Rhin, 1842, p. 190). Elle voulut aller coucher, de l'autre côté du palier, dans une sorte de galetas (ZOLA, Ventre Paris, 1873, p. 735).
Rem. DUPRÉ 1972 indique ,,Aller coucher ne se dit plus qu'en parlant d'un animal qui prend une attitude immobile. En parlant d'une personne qui va dans son lit, on dit nécessairement : aller se coucher``.
Au fig. Envoyer qqn coucher. Éconduire ou repousser quelqu'un. Maintenant, Gervaise se moquait de tout. Elle avait un geste vague de la main pour envoyer coucher le monde (ZOLA, Assommoir, 1877, p. 642).
Proverbe. Comme on fait son lit on se couche. On obtient ce qu'on a mérité par sa conduite.
2. P. ext. Faire prendre au haut de son corps une position horizontale, se courber, se pencher sur quelque chose. Se coucher sur le guidon de sa bicyclette, sur les avirons.
B.— P. anal.
1. [Le suj. désigne un animal] Se mettre en position pour dormir. L'éclusier connaît les habitudes des perdrix. (...) Venu le soir, elles regagnent le plateau où elles picorent et se couchent (RENARD, Journal, 1898, p. 498). Des chiens jaunes dorment au soleil, couchés sur le flanc, comme se couchent les loups (FARRÈRE, Homme qui assass., 1907, p. 137).
Spéc. [Le suj. désigne un cheval] Se coucher en vache. S'allonger de telle manière que la partie postérieure des sabots appuie sur le coude, au risque d'y provoquer une tumeur (cf. GARCIN, Guide vétér., 1944, p. 156).
2. [Le suj. désigne un astre, notamment le soleil considéré comme un être vivant] Descendre et disparaître sous l'horizon. La lune s'était couchée et il faisait sombre (BEAUVOIR, Invitée, 1943, p. 395) :
7. Nous prenons le café là, en fumant, tandis que le soleil se couche derrière un moulin, qui tourne plus lentement. C'est l'heure de bavarderie confidente, où le passé revient dans la bouche de chacun.
E. et J. DE GONCOURT, Journal, 1858, p. 517.
Après le soleil couché. Après le coucher du soleil. Je meurs de peur toutes les fois que j'y passe après le soleil couché (MÉRIMÉE, Abbé Aubain, 1847, p. 153).
3. [Le suj. désigne une chose]
a) Se renverser. Un bateau qui se couche sur le flanc :
8. ... un voisin qui rentrait chez lui et avait assisté, d'assez près, au bondissement hors des rails de la locomotive qui se cabre et se couche...
A. ARNOUX, Double chance, 1958, p. 213.
b) S'incliner, se courber. La flamme de la lampe de carbure se couchait, puis s'élançait vers le plafond (GIONO, Gd troupeau, 1931, p. 139). Le sommet des herbes (...) se couchait sous le vent, et se relevait, puis se couchait sous la faux, et ne se relevait plus (GIONO, Joie, 1935, p. 300).
III.— Emploi intrans. (exprimant un état)
A.— [Le suj. désigne une pers.]
1. Être étendu, allongé pour se reposer. Coucher par terre, dans son lit; coucher seul. Coucher sur un matelas, sur la plume, mollement, durement (Ac.).
SYNT. Coucher sur le côté, sur le dos, sur le ventre; chambre à coucher. Coucher sur la dure. Dormir étendu par terre.
2. Loger, passer la nuit. Le mauvais temps ne leur ayant pas permis d'aborder, ils couchèrent dans le bateau (Ac. 1835-1932). On dînait sur l'herbe, on couchait dans les auberges sur la rive (GUÉHENNO, Jean-Jacques, 1950, p. 102).
SYNT. Coucher dehors; coucher à l'auberge, à l'hôtel, chez soi, dans sa chambre; coucher en ville. Coucher à la belle étoile. Dormir dehors, en plein air.
Rem. Coucher dehors a repris une certaine vitalité dans la langue des automobilistes dont la voiture est garée dans la rue.
Expressions
Un nom à coucher dehors, à la porte. Un nom inhabituel, un nom difficile à écrire ou à prononcer. Ensuite, ç'a été autour d'un autre village qu'on s'est cogné : Elsasshaussen, un nom à coucher à la porte (ZOLA, Débâcle, 1892, p. 63). Y a une élève qui a trouvé que c'était un nom à coucher dehors [Sibylle], alors on l'a changé (GYP, Souv. pte fille, 1928, p. 141).
Des idées à coucher dehors. Des idées saugrenues, extravagantes :
9. ... comprenant que c'étaient encore des idées à coucher dehors, selon son expression, il [Jean] se fit paternel.
— Voyons, qu'est-ce que tu as?
ZOLA, La Débâcle, 1892, p. 716.
3. Coucher avec qqn, coucher ensemble. Partager le lit ou la chambre de quelqu'un. Poil de Carotte n'aime pas les amis de la maison. Ils le dérangent, lui prennent son lit et l'obligent à coucher avec sa mère (RENARD, Poil Carotte, 1894, p. 13) :
10. Il n'existe aucune raison qui puisse faire sortir Birotteau de mon lit! (...) Depuis dix-neuf ans que nous couchons ensemble dans ce lit, dans cette même maison, jamais il ne lui est arrivé de quitter sa place.
BALZAC, César Birotteau, 1837, p. 6.
En partic. Avoir des relations sexuelles (avec quelqu'un). Qu'est-ce que vous pouvez trouver de scandaleux à ce qu'un homme couche avec un autre homme (LÉAUTAUD, Journal litt., 4, 1922-24, p. 155). Des heures il lui caressait les cheveux, et ils couchaient ensemble toute la journée (MALRAUX, Cond. hum., 1933, p. 334).
Emploi abs. S'adonner au plaisir sexuel. Tu vas travailler à telle ferme. C'est une bonne place. La patronne couche (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p. 203) :
11. — Oui. J'ai tout de suite vu que c'était une femme qui couchait.
— Et alors?
— Et alors en effet : elle couchait.
QUENEAU, Loin de Rueil, 1944, p. 182.
Rem. ROB. Suppl. 1970 enregistre le verbe intrans. couchailler, fam. « Avoir des aventures galantes peu intéressantes, coucher à droite et à gauche ».
B.— Rare. [Le suj. désigne une chose] Être dans une position plus ou moins horizontale, incliné ou rabattu. Un tapis d'escalier doit toujours être posé la laine couchant vers le bas (THIÉBAUT, Fabr. tissus, 1961, p. 116).
Rem. On rencontre ds la docum. a) L'adj. couchable [En parlant d'une pers.] Avec qui l'on a envie de coucher, d'avoir des rapports sexuels. Cette femme si bien était très couchable et devait être d'autant plus ardente dans sa vie intime qu'elle ne s'accordait qu'à un seul homme (JOUVE, Scène capit., 1935, p. 30). b) Les composés ) couche-en-ville, subst. masc., arg. et pop. Petit bagage contenant un nécessaire de nuit (cf. LA VARENDE, Sorcière, 1954, p. 207). Synon. plus usuel baise-en-ville. ) (Marie-)couche-toi-là, subst. fém., pop. Femme légère, de mœurs faciles. Les fleuristes, murmura Lorilleux, toutes des Marie-couche-toi-là (ZOLA, Assommoir, 1877, p. 681). ) Couche-tout(e)-nu(e), subst. pop. Personne nue. J'étais (...) si enragé pour l'ouvrage que j'ôtais ma chemise pour travailler; c'est même à propos de ça qu'on m'a baptisé couche-tout-nu (SUE, Juif errant, 1844-45, p. 83). Une couche-toute-nue se montra dans l'encadrement de la porte, venue telle quelle, sans plus de cérémonies (COURTELINE, Train 8 h 47, 1888, II, 7, p. 176). c) La loc. hypocoristique faire couche-couche. Faire l'amour (cf. HUYSMANS, En ménage, 1881, p. 231).
Prononc. et Orth. :[], (je) couche []. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. A. 1. a) Ca 1050 pronom. soi ... colcer avoc « se mettre au lit, partager son lit avec quelqu'un (ici une personne du sexe opposé) » (Alexis, éd. Chr. Storey, 52); 1539 intrans. fam. « avoir des relations sexuelles avec » (EST.); b) ca 1100 pronom. sei culcer « s'étendre pour passer la nuit » (Roland, éd. J. Bédier, 3992); 1172 trans. couchier « mettre au lit » (CHR. DE TROYES, Chevalier Lion, éd. W. Foerster, 5443); 1835 spéc. fam. allez-vous coucher « laissez-moi tranquille » (Ac.); av. 1615 part. passé substantivé couchée « lieu où l'on couche » (MARGUERITE DE VALOIS, Mémoires, p. 21 ds HUG.); 2. ca 1100 pronom. « disparaître sous l'horizon (d'un astre) » part. passé (Roland, 2481); 1155 soleil culchant « endroit où le soleil se couche; ouest » (WACE, Brut, éd. I. Arnold, 14189); 1635 subst. couchant (MONET); av. 1628 fig. « déclin, vieillesse » (MALH. VI 31 ds LITTRÉ). B. 1. a) Ca 1100 trans. culcher « étendre quelqu'un (ou quelque chose) de tout son long » (Roland, 2204); ca 1100 sei culcher « s'étendre » (ibid., 12); d'où 1304-06 trans. « terrasser quelqu'un (dans un combat) » (G. GUIART, Royaux Lignages, éd. J.-A. Buchon, 1, 1467); b) ca 1462 petit chiennet couchant (VILLON, Testament, éd. J. Rychner et A. Henry, 1114); ca 1610 fig. chien couchant (BEROALDE DE VERVILLE, le Moyen de parvenir, Consistoire — II, 75 — ds HUG., s.v. chien); 2. ca 1283 fig. couchier « consigner par écrit » (PH. DE BEAUMANOIR, Coutumes Beauvaisis, éd. A. Salmon, § 217); 3. fin XIVe s. trans. coucher « risquer, miser au jeu » (E. DESCHAMPS, Farce de Mestre Trubert, éd. G. Raynaud, t. 7, p. 168, vers 408); 4. fin XIVe s. trans. chouchier « rapprocher de l'horizontale ce qui est naturellement vertical » (FROISS., Chron., I, 333 ds GDF. Compl.); 1649 coucher qqn en joue (RETZ, Mémoires, éd. A. Feillet, t. 2, p. 404); 1538 « marcotter » (EST., s.v. prosternere); 1690 coucher les bleds (FUR.); 5. 1573 coucher ses couleurs (LARIVEY, trad. des Facétieuses Nuits de STRAPAROLE, IX, 4 ds HUG.); 1580 part. passé adjectivé « étendu (d'un liquide) » (PALISSY, Discours admirables, éd. A. France, p. 381). Du lat. class. collocare « établir; placer dans une position horizontale, étendre dans sa longueur » spéc. « coucher (quelqu'un), se coucher (se collocare) »; 5 dér. avec dés. -er de couche « étendue d'une substance sur une surface ». Bbg. GOTTSCH. Redens. 1930, passim. — GOUG. Lang. pop. 1929, p. 115. — LE BRETON GRANDMAISON. Comment parlent les relieurs. Vie Lang. 1961, p. 436. — RITTER (E.). Les Quatre dict. fr. B. de l'Inst. nat. genevois. 1905, t. 36, p. 386. — ROG. 1965, p. 94. — SNEYDERS DE VOGEL (K.). Collocare. In : [Mél. Roques (M.)]. 1950, t. 1, pp. 267-275.
II.
⇒COUCHER2, subst. masc.
A.— Action de se coucher, de coucher quelqu'un. L'heure du coucher. Tu n'as malheureusement besoin ni de mère ni de sœur pour le coucher de la mariée (BALZAC, Mém. jeunes mar., 1842, p. 352). C'était, comme je l'ai déjà dit, tout un étrange petit cérémonial que le coucher de ma grand'mère (SAND, Hist. vie, t. 3, 1855, p. 273).
1. P. méton. Endroit où l'on couche, ce sur quoi l'on couche. Un bon, un mauvais coucher (Ac.). Je vous enverrai un lit de sangle, sous prétexte de vous faire un coucher pour passer les nuits auprès de votre oncle (BALZAC, Pts bourg., 1850, p. 204) :
1. Ces lits [de plume] (...) composent, avec une paillasse rebondie, tout le coucher des habitants aisés ou misérables d'un pays où les oies abondent et où les hivers sont très-froids.
G. SAND, Le Meunier d'Angibault, 1845, p. 44.
2. Spécialement
a) HISTOIRE
Le (grand) coucher du Roi. La dernière réception donnée par le roi avant son coucher. J'avais eu soin de mettre un léger désarroi Dans la garde, au moment du grand coucher du Roi (COPPÉE, Théâtre, t. 2, Mme de Maintenon, 1881, p. 289).
Le petit coucher du Roi. L'intervalle entre la réception du grand coucher et le coucher effectif, au cours duquel le roi s'entretenait encore avec quelques personnes. Mme de Penhauën (...) courait les bals, les réceptions, était de tous les petits couchers, de tous les grands soupers (H. CÉARD, Les Soirées de Médan, La Saignée, 1880, p. 175).
b) Arg., dans le lang. de la prostitution. Fait de passer la nuit entière avec un client. Les jours où elles n'avaient pas de couchers, elles passaient la nuit ensemble (MÉTÉNIER, Lutte pour amour, 1891, p. 271). C'était charmant ce « coucher » qui tournait au « collage » avec certes une des plus belles femmes du monde (VERLAINE, Œuvres posth., t. 1, Hist. comme ça, 1896, p. 318). P. méton. Client d'une nuit.
B.— P. anal. Moment où un astre disparaît sous l'horizon. L'agréable impression que tout un chacun se croit digne de ressentir devant un coucher de soleil sur la mer (CASSOU, Panorama des arts plastiques contemp., 1960, p. 12) :
2. Toutes les fêtes de l'ancien calendrier des pontifes sont liées au lever ou au coucher de quelque constellation ou de quelque étoile, ...
DUPUIS, Abr. de l'orig. de tous les cultes, 1796, p. 44.
P. méton., PEINT. Coucher de soleil. Représentation d'un paysage au moment où le soleil se couche.
Prononc. et Orth. :[]. Ds Ac. depuis 1694. Étymol. et Hist. 1. a) 1165-70 couchier « action de coucher quelqu'un, d'assurer son gîte » (CHR. DE TROYES, Erec, éd. W. Foerster, 2079); b) XIIIe s. [date du ms.] choucier « moment de se mettre au lit » (Garin le Lorrain, [ms. A. Arsenal fr. 2983], éd. P. Meyer ds Romania, t. 6, 1877, p. 488); 1285 couchier (Orden. de l'ost. le Roy, A.N. JJ 57, f° ds GDF. Compl.); c) 1694 coucher « manière dont on est couché » (Ac.); 2. 1564 « moment où un astre disparaît sous l'horizon » (Indice de la Bible d'apr. FEW t. 2, p. 906 b); 1835 (Ac. : On dit aussi, un coucher de soleil, Un tableau qui représente un coucher de soleil); 3. 1866 arg. (Lar. 19e). Substantivation de coucher1.
STAT. — Coucher1 et 2. Fréq. abs. littér. :9 266 (couchers : 80). Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 11 431, b) 17 472; XXe s. : a) 16 906, b) 10 125.

1. coucher [kuʃe] v. tr., intr. et pron.
ÉTYM. Fin XIVe; couchier, 1172; culcher, culcer, v. 1100; colchier, XIIe; du lat. collocare « placer dans une position horizontale, étendre », de co-, et locare « placer ».
———
I V. tr.
A
1 (1172). Mettre (qqn) au lit. || Coucher un enfant. || Coucher un malade. Aliter.
Offrir, procurer à (qqn) un lieu pour passer la nuit, une chambre, un lit pour dormir. || Je ne peux vous coucher.(Sujet n. de chose : lieu). || L'hôtel peut coucher deux cents personnes.
Étendre (qqn) dans le sens de la longueur, à terre ou sur quelque chose. || Coucher un blessé sur un brancard.Faire tomber qqn, qqch.Coucher quelqu'un sur le carreau. Terrasser. || La mitrailleuse coucha plusieurs soldats sur le champ de bataille.
1 Et, non moins bon archer que mauvais raisonneur,
Raide mort étendu sur la place il le couche (…)
La Fontaine, Fables, VIII, 10.
2 Ainsi le trait fatal dans les rangs se promène
Et comme des épis les couche dans la plaine.
Lamartine, Méditations poétiques, II, 15.
3 Ils l'ont pansée, couchée le plus douillettement possible, ils la soignent avec une sollicitude extrême.
Loti, Figures et Choses…, Trois journées de guerre, III, p. 254.
2 Mettre (qqch.) à l'horizontale. || Coucher un meuble. || Coucher une échelle le long d'un mur. Renverser. || Coucher un navire sur le flanc pour le caréner. Abattre (I.).
3 (Fin XIVe). Rapprocher de l'horizontale (ce qui est naturellement vertical). Courber, incliner, pencher.(Sujet n. de personne). || Coucher son écriture. || Coucher sa feuille de papier.
4 Le violoniste couchant la joue sur son violon, comme si sa tête se pâmait (…)
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. IV, XV, p. 154.
(Sujet n. de chose). || La tempête coucha le bateau. || Rafale qui couche la flamme des lampes (→ Chavirer, cit. 6). || Le vent et la pluie couchent les blés. Renverser, verser.
5 Le vent couchait la pluie presque horizontalement, comme des épis de blé.
J. Renard, Journal, 27 oct. 1887.
Loc. Coucher un fusil en joue : disposer le fusil horizontalement, contre la joue. Épauler (→ Baguette, cit. 8).Coucher qqn en joue, le viser. Joue (et → Mettre en joue; berne, cit.).
(1538). Spécialt. || Coucher une plante, en plier les rameaux et les couvrir de terre pour qu'ils prennent racine. Marcotter. || Coucher le poil d'un chapeau, d'une étoffe, en rabattre le poil avec une brosse.
Jeu. Miser. || Coucher cent francs sur une couleur.
Fam., vieilli. || Coucher une bouteille sur le côté, la vider en buvant.
4 Étendre (qqch.) en couche. || Coucher une couleur, de l'or, de l'argent sur une surface. Couche, couchoir.Spécialt. || Coucher des couleurs, les étendre avec le pinceau l'une à côté de l'autre avant de les fondre.
Absolt, techn. || Machine à coucher, qui fabrique le papier couché (→ Coucheur, infra cit. 4).
B (1283). Fig. Mettre par écrit. Consigner, inscrire, porter. || Coucher qqch. par écrit. || Coucher qqch. noir sur blanc. || Coucher une clause, un article dans un acte, un contrat.Coucher qqn sur un état, sur une liste. || Coucher qqn sur son testament.
6 En attendant on couchait les offres, après enquête, sur les belles fiches de papier glacé.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. IV, IV, p. 35.
———
II V. intr.
1 S'étendre, être étendu (pendant un certain temps ou habituellement) pour prendre du repos. || Coucher dans un lit, dans des draps, sur un matelas. aussi Couchage, 1. couche. || Elle préfère coucher à plat, sans oreiller. || Coucher mollement, sur la dure. || Coucher sur le dos ( Supination), sur le ventre, sur le côté, sur le flanc. || Coucher en chien de fusil. || Les enfants coucheront tête-bêche dans le même lit. || Coucher tout habillé. || Coucher sur la dure. || Coucher dans un sac de couchage.
7 (…) cet abri trop petit pour l'escouade où il fallait coucher tête-bêche pour y loger tous.
J. Chardonne, les Destinées sentimentales, III, p. 408.
7.1 (…) nous remarquâmes pour lors (…) que toute la famille couche ensemble sur la même peau.
J.-F. Regnard, Voyage en Laponie, p. 151.
Loc. Chambre à coucher.
(Animaux). || Litière sur laquelle couche le bétail.
Spécialt. || Allez coucher !, se dit à un chien que l'on veut éloigner.
2 Passer la nuit. Dormir, gîter, loger. || Coucher chez soi, chez des amis. || Coucher à l'hôtel (→ Chambre, cit. 7). || Coucher sous le même toit. || Coucher en ville. || Coucher dehors ( Découcher). — ☑ Loc. fig. et fam. Un nom à coucher dehors : un nom difficile à prononcer et à retenir. || « Des noms à coucher à la porte » (Duhamel, la Passion de Joseph Pasquier, p. 80).Coucher sous la tente ( Camper). || Coucher dans une grange, dans le foin. || Coucher dans la rue. || Coucher sous les ponts. || Coucher à la belle étoile.
8 Ne plaise aux dieux que je couche,
Avec vous sous même toit !
La Fontaine, Fables, V, 7.
9 (…) après de longs pourparlers, nous réussissions à ne pas coucher au poste.
Loti, Aziyadé, LXIII, p. 171.
9.1 J'étais un peu las vers le soir et, après mon dîner, je m'en fus coucher chez Angèle. Je dis chez et non avec elle, n'ayant jamais fait avec elle que de petits simulacres anodins.
Gide, Paludes, in Romans, Pl., p. 104.
10 Pendant l'absence de la colonne Weller, il couchait à l'infirmerie, en compagnie du sergent infirmier (…)
P. Mac Orlan, la Bandera, XIV, p. 168.
3 Coucher avec qqn, partager son lit, sa chambre avec lui.Fam. || Coucher avec quelqu'un : avoir des relations sexuelles avec lui ( Amour, supra cit. 20). || Ils couchent ensemble. || Coucher avec sa voisine (→ Paillard, cit. 2).
11 (…) dans l'ardeur qui m'enflamme,
Je vais dire partout qu'il couche avec ma femme.
Molière, Sganarelle, 17.
12 Il est plaisant que le mot connaître une femme veuille dire : coucher avec une femme, et cela, dans plusieurs langues anciennes (…) comme si on ne connaissait point une femme sans cela.
Chamfort, Maximes, III, p. 138.
13 C'est une erreur que, parce que l'on a couché ensemble, on se doit réciproquement adorer.
Th. Gautier, Mlle de Maupin, I, p. 13.
14 Mais au moment où il allait murmurer à l'oreille de Marie une question où il y aurait ce mot « coucher », si voluptueux et si louche, qui sent le drap chaud et le traversin, il se dit qu'il ne réussirait pas à le prononcer, fût-ce dans la phrase la plus simple, sans lui donner un ton de liberté choquante, et sans faire rougir Marie de l'avoir employé elle-même. Quant à le prononcer d'un ton neutre, c'était un crime; c'était jeter un verre d'eau froide sur ce mot ardent et ronflant qu'on avait entre les tempes.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. V, XXIII, p. 198.
Absolt. || Coucher : avoir une vie sexuelle (se dit surtout des femmes). Baiser, couchailler, couchoter; couchage (3.), coucherie (2.).
14.1 Ce n'était plus une fille (Mme de Lorsange) entretenue, c'était une riche veuve qui donnait de jolis soupers, chez laquelle la Cour et la ville étaient trop heureuses d'être admises; femme décente en un mot et qui néanmoins couchait pour deux cens louis, et se donnait pour cinq cens par mois.
Sade, Justine…, t. I, p. 16 (1791).
14.2 Si elle l'oublie à la rentrée, ce ne sera pas un drame. Comment voulez-vous que ça tourne ? (…) Une histoire de chantage… Vous n'êtes pas fou, depuis quand, et puis chanter pourquoi ? Tout le monde couche, non ?
Aragon, Blanche…, I, p. 14.
tableau Verbes exprimant une idée de mouvement.
——————
se coucher v. pron.
1 S'étendre, se mettre dans la position allongée. || Se coucher dans l'herbe à plat ventre. || Se coucher sur le dos, sur le côté. Mettre (se). || Je ne veux plus marcher : je me couche par terre et je me repose. || Couchez-vous sur ce divan que je vous examine. Allonger (s').
Spécialt (sans compl. de lieu). S'étendre (sur une surface prévue à cet effet) pour se reposer, dormir; se mettre au lit. Drap (se mettre, se glisser dans les draps), lit (se mettre au lit); fam. dodo (aller au, aller faire dodo); fam. et pop. bâcher (se), pageoter (se), pager (se), pagnoter (se), pieuter (se), plumarder (se), plumer (se).fam. et pop. Se mettre au paddock, au page, au pageot, au pieu, au plumard; mettre la viande dans les bâches, les bannes, les toiles, les torchons… || Il est l'heure, c'est l'heure d'aller se coucher. Dormir.Vous êtes fatigué, il faut vous coucher. || Il a la grippe, il a dû se coucher. Aliter (s').
15 On se levait trop tard, on se couchait trop tôt (…)
La Fontaine, Fables, VII, 2.
16 (…) le pauvre ne doit se coucher que pour mourir.
Balzac, la Peau de chagrin, Pl., t. IX, p. 88.
17 Il se coucha à tâtons, n'essayant même pas d'allumer la lampe.
P. Mac Orlan, la Bandera, XVI, p. 195.
Avec un compl. désignant le lieu où l'on dort :
18 (…) l'on se couchait harassé, soit dans un lit d'auberge, soit dans une grange ouverte, ou bien au pied d'une meule (…)
Alphonse Daudet, Contes du lundi, « Alsace ! Alsace ! ».
Loc. fam. Allez vous coucher : laissez-moi tranquille; fichez-moi la paix. || Va te coucher !
Prov. Comme on fait son lit, on se couche : il faut se résigner à subir les conséquences de sa conduite. Cf. On récolte ce que l'on a semé.
(Avec ellipse du pron.). Vieilli ou régional. || Aller coucher, se coucher.Envoyer qqn coucher (au fig.) : envoyer promener.
2 S'étendre, se courber (sur qqch.). || Les rameurs se couchent sur les avirons. || Le cavalier se couchait sur l'encolure du cheval.Se coucher à terre en témoignage d'adoration. Prosterner (se). || Se coucher dans la boue. Vautrer (se). || Se coucher dans un fossé pour se protéger, se cacher. Planquer (se).
19 (Le reste) Se couche contre terre, et sans faire aucun bruit,
Passe une bonne part d'une si belle nuit.
Corneille, le Cid, IV, 3.
20 L'autre, plus froid que n'est un marbre,
Se couche sur le nez, fait le mort, tient son vent.
La Fontaine, Fables, V, 20.
21 Éconduit, il (le courtisan) insiste; repoussé, il tient bon; qu'on le chasse, il revient; qu'on le batte, il se couche à terre.
P.-L. Courier, Simple discours, in Littré.
22 Les six légionnaires avaient rejoint le caporal. Ils se couchèrent à plat ventre dans la neige.
P. Mac Orlan, la Bandera, XVII, p. 207.
(Animaux). || Chien qui se couche aux pieds de son maître. aussi Couchant (chien).Ellipt. || Allez coucher !
(Choses). || Le blé se couche sous le poids des épis. Verser. || Le navire se couche sur le flanc. Renverser (se).
3 Fig. (Le sujet désigne le soleil, les astres). Descendre sous l'horizon. Couchant, 2. coucher. || Le soleil se couchera dans une heure (→ Abri, cit. 7; brillant, cit. 4).
——————
couché, ée p. p. adj.
A
1 (Personnes). Étendu, allongé. || Être couché sur un brancard. || Il lit, couché sur le dos. || Rester couché dans son lit. Lit (garder le). || Être couché à terre, inanimé. Gésir.
23 (…) couché de tout mon long dans l'herbe sèche des fossés (…)
Alphonse Daudet, Contes du lundi, « Alsace ! Alsace ! ».
24 « Debout ou couché », disait-il : « la position assise est pour les fonctionnaires ».
Martin du Gard, les Thibault, t. V, p. 174.
2 (Choses). Qui est mis à l'horizontale. Incliné, penché. || Blés couchés. || Navire couché sur le flanc. || Écriture couchée.Géol. || Pli couché.
3 Avant, après (le) soleil couché : avant, après le coucher du soleil.
B (Correspondant à coucher I., A., 4.). Techn. (papet.). || Papier couché : papier enduit d'une couche de plâtre, de kaolin, pour la reproduction de photographies, d'illustrations ou l'édition d'ouvrages de luxe. Glacé (plus cour., non techn.).N. m. || Un beau couché. || Illustration sur couché. || Couché mat, couché brillant.
C (Correspondant à coucher I., B.). Inscrit. || Son nom est couché sur la liste.
CONTR. Asseoir, lever. — Dresser, ériger, planter. — Paraître. — Effacer.
DÉR. Couchage, couchailler, couchant, 1., 2. couche, couchée, 2. coucher, coucherie, coucheur, couchis, couchoir, couchotter, couchure.
COMP. Accoucher, découcher, recoucher. — Couche-dehors, couche-partout, couche-point, couche-tard, couche-tôt.
HOM. Couchée; 2. coucher.
————————
2. coucher [kuʃe] n. m.
ÉTYM. 1694; couchier, 1285; choucier, XIIIe; substantivation de 1. coucher.
———
I
1 Action de se coucher. Couchée (1.). || C'est l'heure du coucher. || Le coucher des enfants.Le coucher des oiseaux. Couchée (3.).
1 Ce lieu déborde de vie, surtout à la pointe du jour et au coucher des oiseaux.
Colette, la Naissance du jour, p. 85.
Hist. || Le coucher du roi : réception qui précédait son coucher. || Le petit coucher : l'espace de temps entre le bonsoir que le roi donnait aux étrangers et le moment de se mettre effectivement au lit.
2 (1694). a Manière dont on est couché. || Coucher en supination, sur le dos.
b Ce sur quoi ou dans quoi on couche. 1. Couche. || Un bon coucher. || Un coucher doux, moelleux. || Coucher scandinave. 1. Couette.Être délicat, difficile pour le coucher.
1.1 Ces lits (de plume) composent, avec une paillasse rebondie, tout le coucher des habitants aisés ou misérables d'un pays où les oies abondent et où les hivers sont très-froids.
G. Sand, le Meunier d'Angibault, 1845, p. 44, in T. L. F.
3 (1694). Le fait de coucher dans un lieu. || Il ne paya rien pour son coucher. Couchée, gîte. || Le coucher et la nourriture.
4 Argot (en parlant d'une prostituée). Fait de passer une nuit entière avec un client. || Faire un coucher.
———
II (1564).
1 Moment où un astre descend et se cache sous l'horizon. || Au coucher du soleil. Crépuscule; couchant (→ Chêne, cit. 6). || Contempler un coucher de soleil.Coucher cosmique d'une étoile.
2 Coucher du soleil. Ciel pur, le disque orange est tangent à l'horizon.
Valéry, Autres rhumbs, p. 81.
Lumière d'un coucher de soleil.
3 Sur une moitié des champs le coucher s'éteignait; au-dessus de l'autre était déjà allumée la lune (…)
Proust, le Temps retrouvé, Pl., t. III, p. 691.
2 Tableau qui représente le coucher du soleil. || Le musée possède un fort beau coucher de soleil de Turner.
HOM. Couchée; formes du v. 1. coucher.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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  • coucher — coucher, or courcher /kawchsr/ A factor who continues abroad for traffic; also the general book wherein any corporation, etc., register their acts …   Black's law dictionary

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  • coucher — I. Coucher. v. act. Deshabiller quelqu un & le mettre au lit. Coucher la mariée. venez me coucher. quand les valets de chambre eurent couché leur maistre. il s est allé coucher. venez vous coucher. Il signifie aussi, Estendre de son long, soit… …   Dictionnaire de l'Académie française

  • COUCHER — v. tr. étendre de son long sur la terre, sur un lit, etc. Il le coucha sur l’herbe. On coucha le blessé sur un matelas. Saint Louis en mourant voulut qu’on le couchât sur la cendre. On le dit aussi en parlant des Choses. Coucher une statue par… …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 8eme edition (1935)

  • coucher — vt. , mettre couché, étendre ; mettre coucher au lit // coucher, aliter ; faire tomber (un arbre) : keushî vt. (Albanais.001b), keûshî (Balme Si.020, Cordon.083, Saxel.002), ketchiye (Faeto), kishé (Table), kitché (St Jean Arvey), koshî… …   Dictionnaire Français-Savoyard

  • COUCHER — s. m. Action de se coucher. J étais à son coucher. C est l heure de son coucher.   Le coucher du roi, ou simplement, Le coucher, L heure à laquelle le roi reçoit ceux qu il admet a lui faire leur cour avant qu il se retire pour se coucher. Il se… …   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 7eme edition (1835)


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